Ferpicloz (FR), 280 habitants

Un rendement supérieur au business plan

Des agriculteurs et les fromagers détenteurs d’une porcherie se sont rassemblés pour mettre sur pied une installation de biogaz sur la Commune de Ferpicloz (FR). Celle-ci fonctionne depuis juin 2012 à la plus grande satisfaction des intéressés.

Pas loin de deux millions de kilowattheures (kWh) d’électricité produits par année et deux et demi millions de kilowattheures de chaleur. Tel est le bilan réjouissant de l’installation de production de biogaz installée sur la Commune de Ferpicloz avec 228 habitants. A l’origine du projet une société allemande qui a procédé à une étude dans la région. Dans le même temps, la fromagerie du Mouret, alors en mains de René et Benoît Kolly, étudiait un nouveau concept de chauffage. Comme la fromagerie possède aussi une porcherie, le lien a vite été fait par l’intermédiaire de la Commune qui avait été sollicitée par l’entreprise allemande. Les agriculteurs de la région ont été invités à une séance d’information, près de 30 personnes se sont déplacées. Suite à cette séance, les 20 intéressés ont été visités par la responsable du projet. René Kolly proposait à côté de sa porcherie un terrain en zone agricole. Pour éviter de recourir à un dézonage, il fallait un projet en mains paysannes. Finalement cinq exploitations agricoles se sont engagées et ces agriculteurs détiennent 51 pour cent des parts de la société. René Kolly en détient 10 pour cent et, comme la société allemande s’est retirée, c’est Greenwatt, filiale du Groupe E, qui est entrée dans le capital de la société AgroGaz Haute Sarine SA à raison de 39 pour cent. Comme la société est majoritairement agricole, elle a bénéficié des crédits d’investissement pour la construction.   

Du digesteur à la génératrice  

L’installation se compose d’une préfosse – la fosse à purin existante de la porcherie – d’un digesteur, d’un post-digesteur et d’une cuve de stockage. A cela s’ajoutent une halle de stockage des substrats secs et une centrale de couplage chaleur-force (CCF): un moteur à gaz qui transforme le biogaz en électricité et en chaleur. Les substrats liquides sont réceptionnés dans la préfosse, puis pompés dans le digesteur. Les substrats solides sont entreposés dans la halle de stockage, puis introduits dans le digesteur par la trémie d’alimentation. Les substrats sont mélangés dans le digesteur et c’est alors que débute le processus de fermentation. Celui-ci dure normalement 40 jours. La masse en digestion passe par gravité du digesteur au post-digesteur, puis à la cuve de stockage. Depuis-là, il est prêt à être épandu sur les champs. Le biogaz produit dans les cuves et récupéré dans leurs toits est dirigé vers le CCF. L’électricité produite est alors injectée dans le réseau électrique local. La chaleur résiduelle est récupérée et stockée dans un réservoir. Elle permet de chauffer les digesteurs qui doivent toujours avoir une température de 40 degrés. Mais elle est aussi utilisée comme source d’énergie thermique pour la fromagerie et le chauffage de la tuilerie et d’un bâtiment d’habitation. Comme la production de chaleur est nettement supérieure aux besoins actuels du chauffage à distance, un échangeur de chaleur permet de l’utiliser pour sécher les copeaux de bois de l’entreprise Bestpellets. Finalement, la biomasse digérée, appelée digestat, est épandue sur les champs des agriculteurs fournisseurs. Les contrats mentionnent que les agriculteurs fournisseurs reprennent autant de digestat qu’ils ont fourni de substrats. Le digestat a le grand avantage d’être inodore, de ne pas brûler les plantes et d’être nettement plus fertilisant. Son épandage est donc beaucoup plus intéressant que celui du purin.   

Réunion des compétences et services annexes  

René Kolly est président du conseil d’administration. Il est enthousiaste lorsqu’il parle du fonctionnement de l’installation. La production d’électricité est supérieure à ce qui était prévu dans le business plan et AgroGaz Haute Sarine SA n’a pratiquement pas connu de problèmes. Il faut dire que les compétences de plusieurs personnes sont réunies dans le projet. Un agriculteur se charge de remplir la trémie d’alimentation chaque matin et d’entretenir le site. Il a appris à réaliser le mélange optimal entre les différents substrats, fumier de poule, fumier de cheval ou de bovins, gazon, mais aussi les co-substrats comme du marc de café ou des restes de la production de chocolat. L’installation de biogaz apporte également des avantages annexes pour les agriculteurs. S’ils ont l’obligation de reprendre autant de matière qu’ils en ont livré, ils ont aussi la possibilité de faire épandre directement le digestat sur leurs parcelles. L’un d’entre eux se charge des bilans de fumure. Il est payé par AgroGaz Haute Sarine SA pour offrir ce service. Un autre agriculteur partenaire s’occupe de la comptabilité de l’entreprise. Un troisième se charge de l’administration proprement dite, travail plus conséquent que ce qui avait été envisagé au départ. De plus, l’installation peut faire tampon si un agriculteur manque soudain de place de stockage.   

Un système très strict  

René Kolly relève que si les Allemands font parfois de l’électricité avec du maïs, le système suisse est très strict. Seuls 20 pour cent de co-substrats peuvent être utilisés et aussi bien les déchets de l’industrie alimentaire que les cultures intercallaires font partie des co-substrats. Le petit-lait de la fromagerie est donné aux porcs, mais il pourrait aussi être injecté dans le digesteur, les conduites ont déjà été posées. Les déchets de l’industrie alimentaire utilisés à Ferpicloz sont fournis par Greenwatt grâce à des contrats que l’entreprise a conclu avec des industries alimentaires. L’installation n’en utilise que dix pour cent. Le fumier de poulet est particulièrement intéressant, mais il a fallu changer la litière, passer de la sciure aux bouchons de paille, pour permettre la digestion. Le seul point qui selon René Kolly mérite une amélioration, c’est l’utilisation de la chaleur produite car il y a encore nettement sous utilisation. L’extension de la conduite de l’autre côté de la route cantonale offrira des possibilités de développement vers d’autres bâtiments. René Kolly constate aussi que depuis que l’installation de biogaz fonctionne, les intéressés se manifestent, l’offre crée la demande. Actuellement pourtant, la station tourne à plein régime. Elle doit aussi avoir des capacités de stockage suffisantes si l’épandage est rendu impossible par une longue période de mauvais temps. Aucun agrandissement n’est prévu actuellement.   

RPC et certificats CO²  

Pour l’année 2013, la rétribution à prix coûtant (RPC) assure un prix de 38,5 centimes par kWh. Depuis peu AgroGaz Haute Sarine SA a été accréditée par l’Office fédéral de l’environnement et elle a reçu l’autorisation de produire des certificats de CO 2 . Ceux-ci sont commercialisé par Oekostrom Schweiz. Si la Commune de Ferpicloz a soutenu le projet dès le début, elle n’est pas directement impliquée. Les habitants par contre viennent déposer leurs déchets de gazon sur la place. Ce n’est pas un substrat très profitable, mais utilisable. Le responsable de l’installation a par contre exigé une certaine discipline, les branches n’étant pas du tout souhaitables. La commune paie un petit montant par habitant pour ce service. Au titre des nuisances, on peut compter le transport des substrats et du digestat. Comme la plupart de ces transports s’effectuent dans un rayon de quatre et demi kilomètres, ils sont limités. L’énergie grise représente ainsi 1,6 pour cent de l’énergie produite. Quant aux odeurs dégagées, il est difficile de savoir si elles proviennent de la porcherie ou des installations de production de biogaz et varient selon la météo. Elles sont compensées par un épandage inodore du digestat.

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Fericiploz
 
 

Contact

AgroGaz Haute Sarine SA
c/o René Kolly
Route de la Gruyère 6
1724 Ferpicloz
Tél. 026 413 20 38  

 
 

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Faits et chiffres

  • Economie de CO 2 : 2000 tonnes par an.                 
  • Substrat valorisé: 20’000 tonnes par an.  
  • Emplois créés: 0,5 poste et différents travaux à l’heure.   Electricité produite: 2 mio kWh par an  
  • Chaleur produite: 2,5 mio kWh par an


 
 
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