Auw (AG), 1'900 habitants

Le chauffage au bois « franco à domicile » plus avantageux que le fuel

Le chauffage au bois à distance avec des copeaux provenant de la forêt communale : un concept non seulement plus rentable que le fuel mais qui, en plus, crée des emplois locaux. La Commune d’Auw (AG) exploite déjà quatre réseaux de chauffage au bois à distance.

Des champs immenses, que survole de temps à autre une buse variable, des fermes imposantes et des collines boisées à perte de vue – on se croirait presque à l’époque de Gotthelf, lorsque l’on traversait les bailliages d’Argovie avec la voiture du service forestier. Pourtant, la région est en pleine mutation, comme l’explique Stefan Staubli, responsable de la section Forêt de la Commune d’Auw, sur la route conduisant au village : « Le haut bailliage ressent la proximité de Zoug et de Zurich ; la population de notre commune a doublé en 25 ans, atteignant presque 2000 habitants. » En effet, la charmante localité compte de nombreuses constructions neuves, quelques entreprises aussi se sont implantées dans la région.   

Assurer l’approvisionnement à long terme 

L’arrivée de nouvelles familles et industries s’est accompagnée d’une augmentation de la consommation d’énergie. « Mais pourquoi dépenser des sommes d’argent considérables pour importer du pétrole lorsque l’on a chez nous des forêts remplies de bois de chauffe ? » Cette question avait déjà préoccupé Stefan Staubli dans les années 90 et l’a conduit en 2001 à mettre en service un premier réseau de chauffage au bois, de taille encore réduite à l’époque. « En tant que forestier communal, l’effondrement du prix du bois causé par les tempêtes Vivian et Lothar m’a causé quelques soucis. Il fallait trouver de nouvelles possibilités d’écouler le bois si nous voulions continuer à couvrir les frais d’exploitation de notre forêt communale. » Dans ce contexte, le chauffage au bois à distance paraissait être la voie royale. Les propriétaires fonciers privés représentaient néanmoins un obstacle majeur : « Avant la réalisation du premier réseau de chauffage à distance, nous avons dû effectuer un important travail de persuasion. Mais, au final, nous avons réussi à rallier le consortium d’un nouveau complexe immobilier à l’idée. » L’élément déterminant en faveur du combustible bois a été d’une part les faibles coûts de construction grâce à la suppression de l’installation de chauffage privée et, d’autre part, l’engagement contractuel de la Commune d’Auw, gérante du chauffage à distance, à assurer un approvisionnement à long terme pendant au moins 40 ans. « Avec la mise en œuvre réussie de cette première installation de chauffage à distance, la glace était brisée. Depuis 2001, nous avons déjà pu mettre en service trois autres centrales de chauffage au bois », indique Stefan Staubli.  

Engagements d’achat avant la pose de conduites  

Le partage du réseau de chauffage à distance en plusieurs unités séparées, avec chacune sa propre installation, plutôt qu’un gros groupement d’un seul bloc est judicieux, car ainsi il n’est pas nécessaire de poser des conduites coûteuses pour relier les réseaux secondaires. La construction de telles conduites de raccordement représente un facteur-coût critique avec des prix pouvant atteindre 1000 francs le mètre linéaire. « Généralement, on doit installer les conduites uniquement lorsque le long du tracé prévu des avant-contrats d’achat de chaleur sont finalisés. Idéalement, on se focalise sur de gros acheteurs comme des immeubles », explique Stefan Staubli. Avec le temps, se greffent des petits acheteurs individuels, qui ne souhaitent plus renouveler les installations de combustion au fuel obsolètes et préfèrent des chauffages au bois à distance franco à domicile. Dans le centre du village en particulier, de multiples raccordements nouveaux ont pu être effectués ces dernières années, de sorte que la première installation de 2001 a dû être remplacée par une nouvelle centrale plus performante.   

Amortissement à long terme via le prix du chauffage  

Cette chaudière installée par l’entreprise Schmid d’Eschlikon (TG) sera mise en service dans une nouvelle construction souterraine à l’automne 2014. Grâce à une installation à condensation placée en aval, qui récupère la chaleur des gaz de combustion via un échangeur thermique, le nouveau chauffage est dix pour cent plus efficace que l’ancien système. Un filtre de gaz de combustion assure par ailleurs le respect de la réglementation stricte en matière de particules fines. « Grâce à cette installation performante, nous pouvons généreusement élargir notre périmètre de chauffage à distance. L’ancienne chaudière servira désormais uniquement à couvrir les besoins pendant les périodes de pointe », explique Stefan Staubli. Les coûts de la nouvelle centrale et de l’extension du réseau se montent à 2,85 millions de francs. Sur cette somme, 1,2 million sont payés pour l’ancienne chaudière par les frais de raccordement, subventions et provisions. La différence, qui représente un investissement net de 1,65 million de francs, est répercutée aux clients avec une période d’amortissement de 28 ans en moyenne sur le prix du chauffage à distance. 

Un demi-million de litres de fuel en moins par an  

Si la chaleur générée par la forêt communale a connu une telle popularité au sein de la population d’Auw, c’est grâce surtout à l’envolée soudaine des prix du pétrole. A 110 dollars le baril, le pétrole de la mer du Nord est devenu cinq fois plus cher début juillet qu’en 2002. « Si l’on inclut dans le calcul les frais d’infrastructure pour l’installation de chauffage au fuel privée, nos clients roulent un sixième moins cher qu’avec du fuel », se réjouit Stefan Staubli. Ce qui au début du siècle a démarré timidement est devenu aujourd’hui une entreprise de chauffage à distance communale importante, dont les quatre installations consomment chaque année au total 2500 mètres cubes de bois rond ou 7000 mètres cubes de copeaux. Ceux-ci sont fabriqués localement par une entreprise spécialisée. Ainsi, deux millions de kilowattheures d’énergie utile sont produites pour être vendues. Environ un demi-million de litres de fuel, soit 1500 tonnes CO 2, sont ainsi économisés chaque année. « Notre triage forestier pourrait facilement fournir un tiers de bois d’énergie supplémentaire. » Si les besoins allaient au-delà, une coopération avec les triages forestiers alentour serait envisageable.   

Les bénéficiaires : l’environnement et l’industrie locale  

Cet ancrage régional est aussi un facteur économique essentiel, souligne Stefan Staubli : « Lorsque l’on achète la centrale de chauffage auprès d’un fabricant suisse, 95 pour cent des investissements restent dans le pays, dont une bonne moitié revient à l’industrie locale. » L’exploitation et l’entretien aussi assurent des commandes et des emplois locaux – et génèrent ainsi des recettes fiscales pour les caisses de la commune. La production de chaleur à distance profite notamment aux entreprises forestières et aux propriétaires de forêts privés, qui fournissent la matière première, ainsi qu’aux fabricants de copeaux de bois et agriculteurs, qui produisent du bois de chauffe et le transportent. A cela s’ajoutent de multiples commandes pour les artisans du bâtiment, les techniciens de service et les électriciens. « Notre ramoneur aussi est bien occupé. Au lieu d’entretenir les chauffages au fuel des particuliers, il nettoie nos centrales », indique Stefan Staubli. A l’avenir, outre cette création de valeur locale, ce sont surtout les avantages écologiques qu’il représente qui devraient peser en faveur du chauffage à distance. Car le bois est sans incidence sur le climat – lors de sa combustion, il ne dégage pas plus de CO 2 que ce qu’il contenait. « Grâce au chauffage au bois à distance notamment, notre commune peut arborer aujourd’hui le label Cité de l’énergie® », souligne Stefan Staubli.

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Contact

Stefan Staubli
responsable de la section Forêt kommunal+
Bergstrasse 2
5644 Auw
Tél. 056 668 18 02
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Faits et chiffres

  • Besoins en bois annuels des quatre installations de chauffage : 2500 m 3 de bois rond ou 7000 m 3 de copeaux de bois 
  • Economie de pétrole : 550 000 litres par an
  • Réduction d’émissions de CO 2  : 1540 tonnes par an
 
 
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