Ein Projekt des Schweizerischen Gemeindeverbands
Un projet de l’Association des Communes Suisses

Les processus participatifs dans les projets de planification : un outil réellement adapté ?

Article de Philippe Carrard, urbaniste communal au Service d'urbanisme et de l'environnement de La Chaux-de-Fonds

La Ville de La Chaux-de-Fonds utilise depuis de nombreuses années les démarches participatives pour les projets concernant le réaménagement de l’espace public. Ce processus a également été utilisé dans un processus de planification avec un succès nettement moins important dont les principales raisons sont expliquées dans le cadre du présent article.

Contexte
Le Conseil communal (autorité politique exécutive) de la ville de La Chaux-de-Fonds a lancé en 2011 une réflexion sur le développement urbanistique de la ville dans une vision à l'horizon 2030.
La démarche s’est déroulé en deux phases, à savoir l'élaboration de Lignes directrices puis des planifications directrices qui devront chapeauter la révision générale du plan et règlement d'aménagement communal (PRAC). Élus, habitants, techniciens communaux et groupes d'intérêt définissent ensemble une vision globale pour le développement de La Chaux-de-Fonds. C’est dans ce cadre-là qu’une démarche participative a été instaurée dès le début du processus.

Déroulement global du processus
Le processus a débuté le 27 juin 2011 avec la création d’une commission du Conseil général (autorité politique législative) qui accompagne le Conseil communal et ses services dans l'ensemble de la démarche des planifications directrices. Après une phase de réflexion avec des grandes écoles de renommée internationale (Lausanne, Bruxelles, Montréal et Paris) ainsi qu’une récolte d’indicateurs, la démarche participative a débuté à la fin de l'année 2012. Cette phase constitue un aspect central de la démarche participative.
Cette démarche participative s’est déclinée sous le nom "Dessine-moi une ville" et visait à comprendre la perception de La Chaux-de-Fonds par ses habitants mais aussi la représentation idéale de leur ville en 2030. Il s'agissait donc d'une démarche d'écoute dans laquelle la population était invitée à apporter ses idées, ses sentiments ou encore ses critiques sur la Métropole horlogère afin de construire le futur.
Ce vaste processus de concertation avec la population a eu comme but d'enrichir le débat afin d'élaborer un projet dans lequel le plus grand nombre puisse se reconnaître.

Processus participatif
La démarche a été structurée en trois phases distinctes.

  1. La première phase de la démarche a commencé au mois d'octobre 2012. Il s'agissait de sonder la population pendant des entretiens qui se déroulaient dans des lieux publics autour de questions relativement larges. Ceux-ci s'orientaient en fonction des souhaits et préoccupations des personnes interrogées.
  2. La deuxième phase a été la création d’un site internet qui permettait aux citoyens de s'exprimer sur les différentes thématiques par des contributions écrites. Les initiateurs du projet ont mis en place cette plateforme afin de donner la possibilité d'intervenir aux personnes qui ne souhaitaient pas forcément donner leur avis en public. L'utilisation de cette technologie de communication a aussi permis d'élargir le cercle de citoyens potentiellement touchés par le projet.
  3. Dans une troisième phase, la population chaux-de-fonnière a été conviée à cinq débats publics en décembre 2012 portant sur les différentes thématiques définies. Les débats ont été animés par une médiatrice neutre et n'ayant aucun rapport avec les décideurs politiques.

Le processus participatif s'est terminé en avril 2015 par une exposition publique au Musée international d’horlogerie. Des travaux d’étudiants de l’Institut de Géographie de l’Université de Lausanne qui ont travaillé sur la vision de La Chaux-de-Fonds à l’horizon 2030 ont été exposés. Cette exposition a été agrémentée de deux séances publiques à laquelle tout le monde a pu participer pour s’exprimer sur les réflexions des étudiants et pour donner des premières idées sur la vision 2030. Les écoles primaires et secondaires ont été invitées à des ateliers de travail et l’exposition a également été présentée aux classes du gymnase.
Au terme de ce long processus participatif qui a duré plus de deux ans, le Service d’urbanisme et d’environnement a pu élaborer les plans directeurs communaux « territoire » et « mobilités » qui ont été déposés en avril 2017 au canton.

Bilan du processus participatif
Au terme de ce processus participatif, il est apparu que le résultat escompté n’était que très partiellement rempli.
Le sentiment général du processus participatif qui ressort est que la population n'a pas l'impression d'être entendue par le politique. Ce manque de confiance envers les autorités est notamment mis en relation avec un manque de communication et un décalage entre les souhaits de la population et les décisions politiques.
Dans le cadre des entretiens menés par les étudiants, la population a été assez réceptive au projet et agréablement surprise de pouvoir donner son avis. Sans entrer dans les détails il a pu être observé que plusieurs thématiques ont été abordées de manière récurrente, notamment les problématiques de mobilité.
Au niveau des cinq débats publics, la participation a été plutôt faible mais les personnes présentes se sont longuement exprimées et étaient très satisfaites de la démarche proposée. Elles invitaient la ville à reproduire de tels projets. Par ailleurs, il faut souligner l'absence des classes les plus jeunes de la population excepté pour le débat sur la mobilité qui a suscité une mobilisation bien plus importante.
Les contributions au site internet ont été extrêmement faibles. Cet outil est très intéressant pour communiquer mais l’échange avec les internautes a été jugé peu opportun pour ce genre de démarches.
Quant aux propositions faites dans le cadre de l’exposition de 2015, peu d’idées innovatrices sont ressortis de l’ensemble de la démarche. Les écoles ont jouées le jeu de venir voir l’exposition mais les propositions ont souvent été très « exotiques » et de ce fait peu exploitables.

Conclusion
Les processus participatifs fonctionnent nettement mieux pour des projets très ciblés et à court terme comme des aménagements d’espace public (ex : réaménagement de la place de la gare de La Chaux-de-Fonds). Par contre, la population a de la peine à se projeter sur des planifications à très long terme comme La Chaux-de-Fonds 2030 car certains, et notamment les jeunes, ne savent pas s’ils seront encore dans cette ville à cette date. Les habitants se sentent plus concernés, à juste titre, et arrivent à se positionner par l’aménagement de la rue où ils habitent plutôt que la vision de leur ville d’ici 15 ans. La question temporelle est un facteur réducteur mais également l’échelle de réflexion car le citoyen réagit surtout sur son périmètre de déplacement au quotidien. Au niveau des décideurs, il est compliqué de donner des garanties sur des demandes de la population qui sont souvent trop utopistes ou irréalisables financièrement ou techniquement.
Il s’agit néanmoins d’un apport intéressant surtout pour élaborer le diagnostic et pour (r)établir un sentiment de confiance avec la population. Dans de tels processus de planification, il est surtout important d’informer régulièrement de l’avancée et des phases des projets.

 
 
Image: Ville de La Chaux-de-Fonds, C. Mamie 
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Image: Ville de La Chaux-de-Fonds, C. Mamie 
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